Mondes Numériques
Yuki Tanaka, 24 ans, crée des univers virtuels hypnotiques qui questionnent notre rapport à la technologie. Plongée dans son art digital.
Entre deux mondes
L'atelier de Yuki Tanaka ne ressemble à aucun autre. Dans cet espace immaculé du quartier de Belleville, trois écrans géants diffusent des formes organiques en perpétuel mouvement, baignant la pièce d'une lumière bleutée changeante.
À seulement 24 ans, cette Franco-Japonaise formée à l'école Gobelins est déjà considérée comme l'une des voix les plus prometteuses de l'art numérique européen. Ses installations immersives ont été présentées au Centre Pompidou et au ZKM de Karlsruhe.
Comment êtes-vous venue à l'art numérique ?
J'ai grandi avec deux cultures : celle de ma mère japonaise, très tournée vers la contemplation et la nature, et celle de mon père français, plus cartésien. L'art numérique me permet de réconcilier ces deux mondes — créer quelque chose de technologique qui évoque quand même l'organique, le vivant.

Questionner la technologie par la technologie
Les œuvres de Yuki sont paradoxales : elles utilisent les outils les plus avancés pour nous faire réfléchir sur notre dépendance à ces mêmes outils. Ses dernières créations intègrent des données en temps réel — pollution, flux de personnes, activité des réseaux sociaux — pour générer des formes visuelles en constante évolution.
N'est-ce pas contradictoire de critiquer la technologie en l'utilisant ?
Au contraire, je pense que c'est la seule façon de la critiquer efficacement. Si je peignais des tableaux sur les dangers des écrans, qui les verrait ? Les gens qui vont dans les musées. Là, mes œuvres circulent sur les mêmes plateformes qu'elles questionnent.
L'intelligence artificielle comme collaborateur
Récemment, Yuki a commencé à intégrer l'IA dans son processus créatif. Mais pas de la manière qu'on pourrait imaginer.
Comment utilisez-vous l'IA dans votre travail ?
Je ne lui demande pas de créer à ma place. Je lui donne des contraintes impossibles et j'observe comment elle échoue. Ces échecs sont souvent plus intéressants que les réussites. Ils révèlent les limites de la machine et, par contraste, ce qui nous rend humains.
Cette approche philosophique de la technologie distingue Yuki de nombreux artistes numériques qui se contentent d'exploiter les capacités impressionnantes des nouveaux outils. Pour elle, l'art doit toujours poser des questions, jamais se contenter d'émerveiller.
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