Jardins indociles et poemes vivants
Installation

Jardins indociles et poemes vivants

Entretien fictionnel avec Precious Okoyomon, artiste et poete nee en 1993, sur les plantes, la nourriture, la mort, la joie et les espaces qui refusent d etre sages.

Precious Okoyomon, 33 ans
27 mai 2026
24 min

Note de la redaction: cet entretien est une fiction editoriale inspiree d'informations publiques sur le parcours et la pratique de l'artiste. Les reponses ne sont pas des citations reelles.

Laisser pousser ce qui derange

Precious Okoyomon travaille comme si l'exposition etait un organisme. Plantes, poemes, sculptures, nourriture, odeurs et recits historiques s'y melent pour produire des lieux instables, parfois luxuriants, parfois menacants. Nee en 1993, artiste nigeriano-americaine, poete et cuisiniere, Okoyomon explore la maniere dont la nature a ete racialisee, domptee, fantasmee et exploitee.

Ses installations ne proposent pas une nature reconciliee. Elles preferent le debordement: croissance, decomposition, insectes, chaleur, racines qui ne demandent pas la permission. Dans cette conversation fictive, nous partons de cette indiscipline vegetale pour parler d'humanite, d'histoire coloniale et de joie non docile.

Pourquoi les plantes occupent-elles une place si forte dans votre imaginaire ?

Parce qu'elles savent des choses que nous oublions. Elles savent survivre sans devenir gentilles. Elles savent envahir, s'adapter, mourir, revenir. On projette souvent sur la nature une idee de paix, mais un jardin est aussi un lieu de conflit, de competition, de pourriture, de transformation. C'est cette verite qui m'interesse.

Cette vision refuse l'image romantique de la verdure comme simple consolation. Chez Okoyomon, le vivant est un champ de forces. Les plantes rappellent que l'histoire ne disparait pas: elle se decompose, nourrit autre chose, revient sous une forme inattendue.

Photo reelle issue d un entretien avec Precious Okoyomon, utilisee comme visuel editorial local.
Photo reelle issue d un entretien avec Precious Okoyomon, utilisee comme visuel editorial local.

La joie comme creature dangereuse

Votre travail aborde la violence historique, mais il contient aussi une joie tres forte. Comment ces deux dimensions coexistent-elles ?

Je ne crois pas a la joie propre. La joie qui m'interesse a de la terre sous les ongles. Elle connait la mort, elle connait la peur, mais elle pousse quand meme. Pour moi, la joie n'est pas une echappatoire; c'est une force qui refuse que la violence ait le dernier mot. Elle peut etre sauvage, bruyante, meme dangereuse.

Dans cette phrase fictive se resume une tension essentielle: l'art d'Okoyomon ne se contente pas de denoncer. Il cree des conditions d'experience ou le visiteur sent physiquement que la vie excede les categories imposees. La joie y devient une forme de resistance metabolique.

Vous travaillez aussi avec la nourriture. Est-ce un prolongement de l installation ?

La nourriture change la distance entre les gens. Quand on mange, on devient vulnerable: on accepte quelque chose dans son corps. C'est tres intime, presque politique. Je m'interesse a ce moment ou l'art quitte les yeux et entre dans la bouche, l'estomac, la memoire familiale.

Cette dimension culinaire de sa pratique rappelle que l'art contemporain n'a pas besoin de rester dans l'image. Il peut etre une situation, une digestion, une conversation autour d'une table. Le corps n'est plus spectateur; il devient le lieu ou l'oeuvre continue.

Poeme, ecologie et deuil

Quel role joue la poesie dans vos installations ?

Le poeme est une porte qui ne ressemble pas a une porte. Il peut ouvrir un espace mental avant meme que l'on comprenne ce qu'il dit. J'aime quand les mots ne decorent pas l'installation mais la contaminent. Ils deviennent une humidite, une voix, quelque chose qui colle au lieu.

Le vocabulaire d'Okoyomon est souvent celui de la contamination fertile. L'installation n'est pas pure, le poeme non plus. Tout passe dans tout: les mythes, les plantes, les corps noirs, les souvenirs d'enfance, les architectures institutionnelles, les especes invasives, les anges et les vers.

Photo reelle issue d un entretien avec Precious Okoyomon, utilisee comme visuel editorial local.
Photo reelle issue d un entretien avec Precious Okoyomon, utilisee comme visuel editorial local.

Votre travail parle-t-il de deuil ?

Oui, mais pas d'un deuil qui ferme. Le deuil est une matiere tres active. Il change la maniere dont on respire, dont on voit la lumiere, dont on touche les autres. Dans un jardin, rien ne disparait simplement. Ce qui tombe nourrit ce qui pousse. Ce n'est pas une consolation facile; c'est une responsabilite.

Ce rapport au deuil donne aux installations une profondeur etrange. Elles peuvent etre belles, presque exuberantes, mais cette beaute n'est jamais innocente. Elle porte la conscience des violences qui ont organise nos manieres de nommer la nature, de classer les especes et de hierarchiser les vies.

Refuser la docilite

Que souhaitez-vous que le public accepte en entrant dans vos espaces ?

D'etre un peu perdu. Les expositions expliquent souvent trop vite ce qu'elles veulent de nous. Moi, j'aimerais que les gens acceptent de ne pas maitriser. Qu'ils sentent l'odeur, la chaleur, l'inconfort, le plaisir. Qu'ils comprennent que le monde vivant n'est pas un decor pour humains.

Dans un travail aussi immersif, ou placez-vous votre propre vulnerabilite ?

Je la place dans la confiance faite au vivant. Une plante peut mourir, une odeur peut devenir trop forte, un visiteur peut reagir d'une maniere inattendue. Je ne controle pas tout, et c'est precisement la que je me sens exposee. Mais cette exposition est honnete: elle rappelle que l'oeuvre n'est pas un objet ferme, c'est une relation fragile.

Cette fragilite distingue les installations d'un simple decor spectaculaire. Elles acceptent le risque de l'accident, de la croissance inegale, de la matiere qui echappe. L'artiste devient moins une metteuse en scene toute-puissante qu'une gardienne temporaire d'un ecosysteme.

La lecon est claire: renoncer a la maitrise n'est pas renoncer a la pensee. C'est penser autrement, avec la peau, les narines, la memoire, la peur des insectes et l'envie de rester quand meme.

Precious Okoyomon appartient a une generation qui deplace l'art vers des ecologies totales. Ses jardins indociles ne consolent pas le visiteur; ils lui rappellent qu'il est deja pris dans un reseau de dependances, de fantomes et de germinations.

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