La Mémoire du Bronze
Sculpture

La Mémoire du Bronze

Omar Diallo, 31 ans, sculpte les histoires oubliées de la diaspora africaine. Un travail de mémoire en trois dimensions.

Omar Diallo, 31 ans
19 mai 2026
11 min

Façonner l'histoire

L'atelier d'Omar Diallo, installé dans une ancienne fonderie de Montreuil, résonne encore du bruit des marteaux et du crépitement du métal en fusion. À 31 ans, ce sculpteur d'origine sénégalaise s'est imposé comme l'une des voix majeures de la sculpture contemporaine française.

Ses œuvres en bronze, d'une puissance évocatrice remarquable, explorent les thèmes de la migration, de l'identité et de la mémoire collective. Elles ornent aujourd'hui plusieurs espaces publics en France et en Afrique de l'Ouest.

Pourquoi le bronze ?

Le bronze est un matériau de permanence. Il traverse les siècles. Quand je sculpte les visages de mes ancêtres, de ces hommes et femmes dont l'histoire a été effacée, je leur donne une forme qui durera. C'est un acte de résistance contre l'oubli.

Une sculpture en cours dans l'atelier d'Omar
Une sculpture en cours dans l'atelier d'Omar

Réconcilier deux héritages

Né à Dakar, arrivé en France à l'âge de huit ans, Omar a grandi entre deux cultures, deux langues, deux façons de voir le monde. Cette dualité nourrit profondément son travail.

Comment votre double culture influence-t-elle votre art ?

En Afrique de l'Ouest, la sculpture a toujours eu une fonction spirituelle et sociale. En Europe, elle est devenue un objet esthétique, déconnecté du quotidien. J'essaie de retrouver cette dimension sacrée, cette idée que l'art peut guérir, rassembler, transformer.

Ses sculptures monumentales sont souvent des portraits — des visages anonymes qui pourtant semblent étrangement familiers. Omar travaille à partir de photographies d'archives, mais aussi de rencontres avec des membres de la diaspora africaine.

L'art dans l'espace public

Vous insistez pour que vos œuvres soient accessibles à tous. Pourquoi ?

Regardez les statues dans nos villes. Qui représentent-elles ? Des généraux, des rois, des hommes de pouvoir — presque toujours blancs, presque toujours masculins. Je veux proposer d'autres récits, d'autres visages. Un enfant noir qui passe devant ma sculpture peut se dire : moi aussi, j'ai ma place ici.

Ce discours résonne particulièrement dans le contexte actuel de réflexion sur les monuments coloniaux. Omar ne demande pas qu'on détruise les anciennes statues, mais qu'on en ajoute de nouvelles, pour raconter une histoire plus complète, plus inclusive.

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