Les Murs Qui Parlent
Street Art

Les Murs Qui Parlent

Malik Hassan, 29 ans, donne une voix aux quartiers oubliés à travers ses fresques monumentales. Portrait d'un artiste engagé.

Malik Hassan, 29 ans
25 mai 2026
12 min

L'art comme acte politique

Nous retrouvons Malik Hassan au pied d'une de ses fresques, dans le quartier de la Goutte d'Or à Paris. Le mur de quinze mètres de haut représente le visage d'une femme âgée, ses rides racontant des décennies d'histoire du quartier.

À 29 ans, Malik est devenu une figure incontournable du street art français. Ses œuvres, reconnaissables à leur réalisme saisissant et à leur palette de couleurs vibrantes, ornent les murs de nombreuses villes françaises et européennes.

Pourquoi avoir choisi la rue plutôt que la galerie ?

La galerie, c'est un espace où les gens choisissent d'entrer. La rue, c'est démocratique. Le SDF qui dort sous ma fresque, la mère de famille qui passe en emmenant ses enfants à l'école, le businessman pressé — ils voient tous mon art, qu'ils le veuillent ou non.

Malik en plein travail sur une nouvelle fresque
Malik en plein travail sur une nouvelle fresque

Raconter les invisibles

Les sujets de Malik sont toujours des habitants du quartier où il peint. Il passe des semaines à rencontrer les gens, à écouter leurs histoires, avant de choisir qui il va représenter.

Comment choisissez-vous vos sujets ?

Je cherche les visages qui ont quelque chose à raconter. Ce ne sont jamais des célébrités, toujours des anonymes. La boulangère qui se lève à 4h du matin depuis trente ans, le retraité algérien qui a construit ce quartier de ses mains, la jeune fille qui rêve de devenir médecin.

Cette approche lui a valu quelques critiques — certains l'accusent de romantiser la pauvreté. Mais Malik voit les choses différemment : il veut simplement rendre visible ce qui est trop souvent ignoré.

Entre légalité et clandestinité

Peignez-vous encore illégalement ?

Honnêtement ? Oui, parfois. Il y a des messages urgents qui ne peuvent pas attendre les autorisations municipales. Mais la majorité de mon travail est maintenant légal. Les mairies ont compris que le street art peut transformer un quartier, lui donner une identité.

Cette évolution du statut du street art — de vandalisme à art reconnu — est quelque chose que Malik observe avec un mélange de satisfaction et de méfiance. Il craint que la récupération institutionnelle ne dilue le message politique de cette forme d'expression.

Pour son prochain projet, Malik prépare une série de fresques dans plusieurs villes de banlieue parisienne, toutes liées par un thème commun : la mémoire ouvrière. Un travail de longue haleine qui devrait l'occuper pendant les deux prochaines années.

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