Le Silence de l'Argile
Céramique

Le Silence de l'Argile

Emma Laurent, 28 ans, pratique la céramique comme une méditation. Rencontre avec une artiste en quête d'essentiel.

Emma Laurent, 28 ans
16 mai 2026
8 min

L'art de la lenteur

L'atelier d'Emma Laurent est un havre de paix au cœur de la frénésie parisienne. Dans ce petit espace du Marais, le temps semble suspendu. Des étagères de bois brut accueillent des dizaines de pièces aux formes organiques, aux teintes douces de blanc cassé et de gris perle.

À 28 ans, cette ancienne ingénieure informatique a tout quitté pour se consacrer à la céramique. Un choix radical qui l'a menée vers une reconnaissance internationale et des collaborations avec des maisons de design prestigieuses.

Pourquoi avoir abandonné une carrière prometteuse dans la tech ?

J'étais épuisée. Physiquement, mentalement. Je passais mes journées devant des écrans à optimiser des algorithmes dont je ne comprenais plus le sens. Un jour, j'ai pris un cours de poterie, presque par hasard. Et j'ai pleuré pendant deux heures, les mains dans l'argile. Je savais que j'avais trouvé quelque chose.

Les mains d'Emma façonnant une nouvelle pièce
Les mains d'Emma façonnant une nouvelle pièce

La philosophie du wabi-sabi

L'esthétique d'Emma est fortement influencée par le wabi-sabi japonais, cette philosophie qui trouve la beauté dans l'imperfection et l'impermanence. Ses pièces ne sont jamais parfaitement symétriques, leurs surfaces portent les traces du processus de création.

Comment intégrez-vous cette philosophie dans votre travail ?

Je ne corrige plus les "erreurs". Une fissure, une bulle d'air, une coulure d'émail — ce sont des cadeaux. Ils rappellent que chaque pièce est unique, vivante. La perfection industrielle me terrifie. Je veux que mes céramiques respirent.

Cette approche a séduit une clientèle en quête d'authenticité, fatiguée des objets standardisés. Les pièces d'Emma, bien que fonctionnelles — bols, tasses, vases — sont avant tout des œuvres contemplatives.

Le feu comme collaborateur

Quelle est la part de hasard dans votre processus ?

Immense. Je contrôle la forme, je choisis les émaux, mais le feu a le dernier mot. Chaque cuisson est une surprise. Parfois décevante, souvent merveilleuse. J'ai appris à lâcher prise, à accepter que l'artiste n'est pas tout-puissant.

Cette humilité face au matériau est peut-être ce qui touche tant dans le travail d'Emma. Dans un monde obsédé par le contrôle, ses céramiques nous rappellent la beauté de l'abandon.

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