Les Fils de la Mémoire
Aisha Benali, 26 ans, tisse des histoires familiales dans des tapisseries monumentales. Portrait d'une artiste qui renoue avec ses racines.
Tisser l'invisible
L'atelier d'Aisha Benali, au dernier étage d'un immeuble de Barbès, est un kaléidoscope de couleurs. Des fils de toutes les teintes pendent du plafond, des tapisseries en cours couvrent les murs, et au centre trône un immense métier à tisser traditionnel.
À 26 ans, cette artiste franco-marocaine a fait de l'art textile son medium d'expression. Ses tapisseries monumentales, qui peuvent atteindre plusieurs mètres, racontent des histoires de migration, de transmission et d'identité.
Comment avez-vous découvert le tissage ?
Ma grand-mère était tisseuse au Maroc. Quand j'étais petite, je passais des heures à la regarder travailler. Elle est morte quand j'avais douze ans, et j'ai voulu reprendre le fil — au sens propre comme au figuré. C'est ma façon de garder le lien.

Entre tradition et contemporanéité
Si Aisha utilise des techniques ancestrales, ses œuvres sont résolument contemporaines. Elle intègre des matériaux non conventionnels — fils électriques, bandes de tissu recyclé, cheveux humains — pour créer des pièces qui questionnent notre rapport à la consommation et à l'héritage.
Comment articulez-vous tradition et innovation ?
La tradition n'est pas figée. Ma grand-mère aurait été la première à expérimenter si elle avait eu accès aux matériaux que j'utilise. Je respecte les gestes, la patience, la spiritualité du tissage. Mais je les mets au service d'un discours actuel.
Ses œuvres abordent des thèmes sensibles : l'exil, le racisme, la condition féminine. Mais toujours avec une poésie qui transcende le pamphlet.
Le temps long
Combien de temps vous faut-il pour réaliser une tapisserie ?
Des mois, parfois plus d'un an pour les grandes pièces. C'est un acte de résistance contre l'urgence permanente. Chaque fil que je passe, c'est une méditation. Le tissage m'a appris que les choses importantes prennent du temps.
Cette lenteur délibérée trouve un écho chez un public en quête de sens et d'authenticité. Les tapisseries d'Aisha, exposées dans plusieurs musées d'art contemporain, fascinent par leur densité narrative et leur beauté hypnotique.
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